Citations issues du livre "La famille en héritage" de Zorica Jérémic et Patrick Vinois

"L'histoire familiale peut ressembler à un conte de fées ou à une tragédie grecque, elle sert de modèle aux générations à venir et transmet un enseignement fait d'interdits et d'injonctions à être ou ne pas être comme ses ancêtres".

"Chaque famille a une histoire qui se raconte d'une génération à l'autre, transformant souvent la réalité pour l'idéaliser ou la dramatiser, masquer parfois des évènements dont on pourrait craindre la répétition. Si certains ancêtres sont élevés au rang de héros, d'autres sont effacés et leur histoire devient un intouchable secret."

"La mémoire familiale peut être considérée comme une forme de patrimoine. Ce patrimoine génétique, culturel et éducatif est transmis en héritage par la famille. ... S'il semble exister une nécessité biologique d'assurer la continuité de l'espèce, liée à notre condition de "mortels", la nécessité psychique de "transmettre" nous vient aussi de la nécessité sociale d'assurer la pérénnité d'une culture, la nôtre, à travers l'histoire d'une famille, d'un clan, d'un peuple."

"Nous héritons de valeurs morales, d'honneurs, de gloires ou de hontes transmises à travers des récits qui ouvrent vers l'avenir ou enferment dans une destinée parfois tragique. L'héritage n'est pas défini pour toujours ; il s'enrichit ou s'appauvrit au fil des générations, en fonction des expériences et des biens acquis ou perdus. Nous participons plus ou moins activement à sa transformation. Cette mémoire familiale est aussi une mémoire émotionnelle faite de joies et de peines liées à des évènements,... ces derniers étant parfois à l'origine de traumatismes vécus dans la famille, dont l'écho perdure au fil des générations.
Même si certains imaginent maîtriser ce qu'ils transmettent de leur histoire familiale, personne n'échappe à ce qui se transmet de façon inconsciente. Aussi observons-nous que ce qui est reçu ne correspond pas toujours à ce qui a été officiellement communiqué. Cet écart, variable d'une famille à l'autre et même d'un enfant à un autre, ouvre de nouveaux espaces ou suscite la répétition."

"Accepter d'être les descendants d'une longue lignée d'humains dont on prolonge l'histoire, recevoir celle-ci et la transmettre à travers des récits, des émotions, des croyances, une langue qu'on appelle maternelle, une culture et parfois des biens matériels, tout ceci représente l'héritage de chacun.".

"Le mythe familial se rapporte à une série de croyances créées et partagées par tous les membres d'un groupe familial ; il se constitue en relation avec l'éthique et les rituels de la famille ; le mythe familial donne sens aux actions, aux pensées, aux émotions de chacun. ... La famille, comme la société, utilise donc la fonction exemplaire du mythe pour se protéger d'évènements ou de comportements qui l'ont mise en danger dans le passé et qui pourraient la menacer dans le futur. Si ces mythes familiaux sont rarement formulés de manière explicite, cela ne réduit pas pour autant la force de leur message ni la puissance des obligations ou des interdits qu'ils transmettent.".

"En grec ancien, le symptôme désigne ce qui "tombe avec", "ce qui s'affaisse". Le sens 1er  a évolué dans deux directions : d'un côté l'accident, la malchance, la malédiction ; de l'autre la marque, l'indice, le signe.
En médecine, la maladie est un état et le symptôme son indice. En thérapie familiale, il est le signe d'une "maladie" de la relation, la trace d'une souffrance.
L'empreinte des états mentaux et émotionnels des parents, perçus consciement et inconsciemment par l'enfant comme un envahissement ou une "colonisation" psychique, impose des modes de sentir, de penser et d'agir qui peuvent devenir contraignants et parfois aliénant."

"La rencontre et la fondation du couple constituent le creuset où va naître une nouvelle famille... Ce qui nous séduit chez l'autre ne résulte pas seulement de ce que nos perceptions conscientes nous transmettent. Les perceptions inconscientes liées à l'histoire de chacun donnent aussi du sens à la rencontre : nous sommes sensibles à ce que nous captons inconsciemment de la forme psychique de l'autre, et plus particulièrement lorsque nous sommes amoureux. Qu'il s'agisse des qualités cachées ou des souffrances enfouies, celles-ci déterminent des modes relationnels singuliers permettant de renforcer le lien qui s'installe sours la forme d'un contrat tacite.
Les blessures dues à des conflits internes conscients et inconscients (évènements traumatiques, abandons, séparations, deuils, maladies, accidents) et tous les malentendus qui nous font nous sentir victimes de l'autre ou de la vie représentent la partie de notre psyché qui fait référence en nous à l'"enfant en souffrance"....

Le couple, un miroir des liens familiaux passés : Ainsi, lors de la fondation du couple, l'un croit que l'autre possède la clef qui lui manque pour ouvrir la porte de la cage dans laquelle il est enfermé. Peu à peu, il se sent abandonné et impuissant car cette clef ne fonctionne pas. La promesse de liberté n'est pas tenue, chacun est alors en échec face à l'autre qu'il ne parvient pas à délivrer. .... Ce qui se répète et que l'un active chez l'autre par son comportement, c'est un vécu ou plutôt un "re-vécu" émotionnel suscité par la souffrance de se retrouver, face au conjoint, incompris, abandonné, enfermé ou dévalorisé comme dans le passé, au sein de sa famille d'origine. Ces mécanismes présents dans le couple vont ensuite se reproduire entre les enfants et les parents, et même dans la fratrie....
Les attentes de réparation de la "part enfant" de l'autre constitue une sorte de pacte implicite entre conjoints mais aussi entre enfants et parents. Bien que réparation soit impossible à réaliser car personne ne répare personne, ces attentes se rencontrent à plusieurs niveaux générationnels. Elles peuvent concerner une relation à la grand-mère, au couple ou à l'un de ses parents, ou les relations fraternelles.
Cette "part enfant" n'aura de cesse de se faire reconnaître en répétant les mêmes comportements, en choisissant inconsciemment des partenaires capables de faire revivre les mêmes situations et d'éprouver les mêmes sentiments. Peur, terreur, honte, culpabilité, trahison, tristesse, abandon nous habitent à nouveau de manière si violente qu'il ne nous reste plus qu'à les projeter vers l'autre ou bien les retourner contre soi dans un mouvement de colère ou dans des gestes agressifs, dans des comportements d'isolement, de mutisme et, à l'extrême, d'automutilation ou d'autodestruction."

"Aucune famille n'échappe aux phénomènes de répétition. Il s'agit d'un comportement inconscient reproduisant dans le présent des situations pénibles du passé, avec le sentiment que la situation qui se répète est totalement motivée par le présent."

"Etre enfant dans une famille implique des rôles et des fonctions bien codifiés mais aussi, comme on l'a vu, des "missions" de réparation de l'histoire familiale. Paradoxalement, ces missions s'expriment parfois d'une manière si violente qu'elles peuvent être perçues comme une attaque du modèle familial...
Il est fréquent que nous soyons face à un enfant ou un adolescent en difficulté qui attire l'attention sur lui et préoccupe ses parents. Nous pourrions dire qu'il les unit par l'inquiétude, quelquefois pour éviter une séparation du couple, vécue comme impensable et insupportable. Le symptôme de l'enfant protège le couple des parents, ou parfois l'un des deux, ou bien encore un membre de la fratrie, d'une souffrance cachée indicible. Cette fonction protectrice passe généralement inaperçue dans l'enchevêtrement des relations familiales."

"Les loyautés incontournables, une source de souffrances : La loyauté représente le facteur essentiel qui motive les relations. L'essence de cette motivation réside dans les attentes implicites du groupe envers ses membres. Chacun a la perception de ces attentes par un processus inconscient qui lui permet de les faire siennes. Ainsi, chacun tend à y répondre. La loyauté est visible essentiellement dans les situations qui menacent la cohésion ou la pérennité de la famille. Elle concerne les membres de la famille actuelle autant que les ancêtres.
Lorsque les intérêts de la famille actuelle contredisent ceux de la famille d'origine, les conflits de loyauté peuvent être extrêmement violents, se manifestant par des attitudes de protection ou des attaques auxquelles certaines alliances ne résistent pas. Tout comme pour le mythe, plus le système de loyautés est rigide, plus le conflit sera important. Les liens qui nous unissent à notre famille sont faits d'échanges, de dons et de dettes dont font partie les devoirs des parents et des enfants.... Si nous n'accomplissons pas ces devoirs, nous contractons des dettes. Celles-ci se perpétuent de génération en génération et, si elles ne sont pas soldées, elles se répercutent sur les générations suivantes. Les injustices subies exigent réparation. Les enfants s'acquittent de leur "dette de vie" en cherchant à rétablir la justice y compris à travers plusieurs générations.
Lorsque ces situations sont vécues dans la confusion, les tentatives de réparation peuvent prendre la forme détournée d'un symptôme. ... Vivre dans une famille aux règles de fonctionnement trop rigides devient aussi source de souffrance pour la génération suivante qui "étouffe" dans un espace trop étroit où il n'est pas possible de grandir."

"Le silence des secrets de famile : Les secrets de famille fonctionnent en effet comme des zones d'ombre, des territoires interdits de passage et de partage. Le maintien de cette frontière nécessite beaucoup d'énergie, ressentie comme une sorte de tension permanente à l'intérieur de soi. Même si derrière cette loyauté aux ancêtres qu'il ne faut pas trahir, se cache une attente de soulagement : "je serais tellement apaisé de pouvoir en parler mais c'est un exemple si terrible pour mes enfants que je ne le peux pas". La peur de voir se répéter la même situation fait croire que le silence est une protection. On comprend que le problème n'est pas tant le contenu du secret que la position dans laquelle il se met. Parfois, l'enfant ne comprend pas la distance émotionnelle provoquée par le silence. Il peut mal le vivre et s'en sentir responsable, comme s'il ne méritait pas la confiance de l'adulte. ..Mais dans ce silence, protecteur certes, mais rempli de sentiments difficiles à clarifier, inexprimables, chacun ajuste ses attitudes à celles de l'autre. Ce qui prime, c'est la loyauté à l'ensemble de la famille. La loyauté n'a pas de limites car, à toute génération, il peut y avoir des "brebis galeuses" qu'il faudra ramener dans le droit chemin."

"Le deuil, une épreuve familiale : Reconnaître ses origines permet de s'en différencier et d'acquérir la capacité de se sentir seul et séparé. Cette première expérience est fondatrice et permet de vivre d'autres deuils sans que le moi ne s'effondre. C'est pourquoi tout deuil renvoie au deuil originaire et à la manière dont ont été vécus tous les autres deuils. .. Le temps du deuil est un moment de recherche d'émotions à travers des souvenirs, des évocations, des lettres ou des objets qui permettent de continuer à sentir l'attachement au disparu, de s'identifier à lui par des gestes ou des habitudes qui donnent l'impression qu'il est toujours vivant. Peu à peu, le plus souvent, le fantôme s'éloigne puis se dissipe et s'évanouit.
Quand cette séparation n'a pas lieu, la personne en deuil reste attachée au disparu et aux sentiments douloureux qui la renvoient sans cesse dans le passé. C'est un deuil impossible ou interminable dans lequel les proches se trouvent impliqués. Les enfants en particulier, sont très sensibles aux émotions de leurs parents, lesquelles envahissent alors la relation, sans que des mots ou des explications permettent d'interroger et de comprendre les raisons de la souffrance parentale.







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